Rappel : le théâtre, un art de la parole

Définition :

Le théâtre a la particularité d'être un spectacle destiné à être vu et entendu. Sur une scène qui reconstitue un lieu à la fois réel et fictif, et face à un public (d'où une double, voire une triple, énonciation) ils présentent des personnages en action qui jouent une pièce ce qui veut dire qu'ils imitent des situations de la vie recomposées par un auteur et organisées par un metteur en scène. Apparence d'une parole spontanée, mais en réalité message préparé, le théâtre mime la vie grâce aux mots mais aussi aux gestes, aux déplacements, aux jeux de physionomie et à différents signes qui constituent un langage.

Le théâtre existe aussi sous forme écrite, à destination de lecteurs. Ce mode d'existence le présente sous un aspect différent, qui lui fait perdre ses dimensions visuelles et auditives, mais qui le rend plus facilement accessible, en tant que texte, à ceux qui ne peuvent le voir.

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Quelles fonctions peut-on attribuer au dialogue de théâtre ?

Au théâtre, tout se construit par la parole, en l'absence d'un narrateur qui "orchestrerait" le récit en donnant des détails descriptifs, des explications nécessaires, en jonglant avec le temps.
La parole se met au service de différentes formes du discours, mais en les mêlant constamment, du fait même de la double énonciation. Toute pièce repose ainsi sur une situation de communication complexe puisqu'elle met en scène des interlocuteurs divers et le public. Les différentes modalités de parole, dialogue, monologue, tirade, jouent donc des rôles multiples. Le dialogue, par exemple, est un mode d'information important en même temps qu'il fait avancer l'action, ou en exprime la nature lorsqu'elle est en cours. Dans une scène d'exposition comme celle de Tartuffe, par exemple, il fait connaître le thème du débat (la querelle familiale) tout en présentant un grand nombre de personnages par l'intermédiaire des répliques de Madame Pernelle qui dresse un portrait critique des membres de la famille de son fils (alors en voyage) en les interpellant dans un discours querelleur adressé à chacun.

Dans la scène d'exposition de Bulbus, le narrateur "orchestre" le récit pendant une demi-heure :
cf. le dossier d'accompagnement (pp. 9-11) : Manuel s'adresse à Almathéa.

Les didascalies externes peuvent contribuer à donner des indications de jeu. Il n'est pas impossible à un auteur contemporain de la mise en scène de ses oeuvres, d'intervenir pour éclairer la portée des paroles prononcées et de préciser comment il entend que soit représentée sa pièce.

Anna Hilling, dramaturge de Bulbus, n'intervient jamais dans la direction de mise en scène. En général, elle n'assiste pas aux représentations de ses pièces, préférant se consacrer à son travail d'écriture et voyager, ce qui laisse toute liberté au metteur en scène.
cf. une présentation de Bulbus :
http://tempoetheatre.blogspot.com


Histoire du théâtre :

Un regard jeté sur l'histoire du théâtre fait apparaître une évolution d'une structure rigoureuse à une grande liberté de composition et à un brouillage des catégories génériques : les formes du théâtre sont nombreuses et se sont modifiées au cours du temps. A la composition stricte d'une tragédie antique codifiée par des règles et des conventions associées au genre et à l'époque, ont succédé la liberté du drame romantique, qui refuse les contraintes, et l'éclatement des formes dans le théâtre du XXème siècle.



Histoire du théâtre

Révisions de la classe de 2de : le théâtre, comédie et tragédie

Le théâtre, un chemin... La tragédie, une mise en scène du destin ?


III. Le théâtre, un chemin : l'enquête sur l'origine dans le théâtre contemporain


Littoral de Wajdi Mouawad : Le Sang des promesses

1er volet d'une quadrilogie sur la transmission et l'héritage


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Le héros tragique : une relecture du mythe

=> l'article : la tragédie grecque


"mimesis" et "catharsis" *

* la catharsis : purgation des passions (définie par Aristote)


La tragédie, une mise en scène du destin ?



I. Le sacrifice du héros tragique ("tragos-ôde") : mimesis et catharsis , de la tragédie grecque au théâtre contemporain (le châtiment de l'"hybris" ?).




II. La tragédie moderne : réécritures et relectures du mythe




III. Le théâtre, un chemin : l'enquête sur l'origine dans le théâtre contemporain



Oedipe et le Sphinx, Ingres (1808)


"Le héros nie l'ordre qui le frappe et l'ordre divin frappe parce qu'il est nié. Tous deux affirment leur existence réciproque dans l'instant même où elle est contestée [...] La seule purification revient à ne rien nier ni exclure, à accepter le mystère de l'existence, et cet ordre enfin où l'on sait sans savoir."
Camus (à propos d'Oedipe-Roi)




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A son origine, elle est une cérémonie religieuse et civique.

Jean-Pierre Vernant caractérise la tragédie par une tension entre le passé du mythe et le présent de la polis.


Le théâtre d'Epidaure

Issue des légendes grecques d'abord transmises oralement par des aèdes (poètes chanteurs), l'épopée est la première forme du récit. Le genre épique se retrouve dans de nombreuses civilisations. La tragédie succède à l'épopée (p. 113) mais est antérieure à la comédie.

De l'épopée à la tragédie : tempoetheatre.poesie.com

L'épopée est l'ancêtre du roman et de la tragédie : tempoepoesie-mythe

De l'épopée au roman (p. 124) : tempoeroman.blogspot.com

La guerre de Troie inspira L'Iliade d'Homère, puis Les Troyennes, tragédie d'Euripide.

Les tragédies d'Eschyle :

PROMETHEE ENCHAINE - PROMETHEE DELIVRE - PROMETHEE PORTE-FEU


La tragédie, à son origine, est une cérémonie religieuse et civique. Elle se déroule dans des théâtres.

Cette origine religieuse et le registre tragique définissent le genre de la tragédie : les héros mêlés à des intrigues nouées par les dieux, sont impuissants, souffrant de la fatalité qui pèse sur eux (Prométhée, Oedipe, Antigone, Iphigénie). Contrairement au registre comique, le héros tragique est d'ascendance noble et mythique. (p.. 31, Manuel de français de 2de, Terres littéraires, Hatier)

La tragédie succède à l'épopée (p. 113), mais est antérieure à la comédie.


"Amant alternae Camenae", Virgile
("Les Muses aiment les chants alternés")

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Les origines de la tragédie : le châtiment de l'Hybris ou le sacrifice du héros ("demi-dieu")

Les dionysies (tragos-ôde : chant du bouc) : Dionysos ou le bouc-émissaire

A Athènes, dans l'Antiquité, les citoyens assistaient en masse aux représentations théâtrales. Le théâtre était considéré non seulement comme un divertissement, mais aussi comme un moyen d'éducation morale et civique.

Suivant La Poétique d'Aristote, le spectateur doit ressentir "terreur" et pitié" pour le héros (bouc-émissaire), éprouver de la compassion mais se garder de chercher à lui ressembler par la démesure : l'"hybris".

La "mimesis" (la représentation) favorise un processus d'identification destiné à provoquer un bouleversement salutaire appelé la "catharsis" ou purgation des passions. Le spectateur doit sortir transformé d'un spectacle et apprendre la soumission à la dikè divine et à la polis.



La double fonction du théâtre : un divertissement didactique ?
(moral, politique, pédagogique)

"Instruire et plaire", suivant l'esthétique "classique" ?


"Le théâtre est un champ de forces, très petit, mais où se joue toujours toute l'histoire de la société, et qui, malgré son exiguïté, sert de modèle à la vie des gens." Antoine Vitez (metteur en scène)

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Un théâtre miroir d'une société
?

"La tragédie n'est pas seulement une forme d'art; elle est une institution sociale que, par le fondation des concours tragiques, la cité met en place à côté de ses organes politiques et judiciaires. En instaurant sous l'autorité de l'archonte éponyme, dans le même espace urbain et suivant les mêmes normes institutionnelles joué, jugé par les représentants qualifiés des diverses tribus, la cité se fait théâtre; elle se prend en quelque sorte comme objet de représentation et se joue elle-mêle devant le public".
Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet, Mythe et tragédie en Grèce ancienne


"Le héros nie l'ordre qui le frappe et l'ordre divin frappe parce qu'il est nié. Tous deux affirment leur existence réciproque dans l'instant même où elle est contestée [...] La seule purification revient à ne rien nier ni exclure, à accepter le mystère de l'existence, et cet ordre enfin où l'on sait sans savoir." Camus (à propos d'Oedipe-Roi)

Le sacrifice du héros tragique :
"mimesis" et "catharsis"

I. Le sacrifice du héros tragique ("tragos-ôde") : la "purgation des passions", de la tragédie grecque au théâtre janséniste de Racine ( "mimesis " et "catharsis" : le châtiment de l'"hybris").
=> la tragédie classique (p. 43)
"Le ressort de la tragédie-spectacle, (...) c'est le revirement. Changer toutes choses en leur contraire est à la fois la formule du pouvoir divin et la recette même de la tragédie".
Roland Barthes, Sur Racine (1979)


"S'il se vante, je l'abaisse..."

II. La tragédie moderne : réécritures et relectures du mythe
=> une remise en cause de la tragédie classique (p. 45)

III. Le théâtre, un chemin : l'enquête sur l'origine dans le théâtre contemporain


Littoral de Wajdi Mouawad : Le Sang des promesses

1er volet d'une quadrilogie sur la transmission et l'héritage


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Histoire du théâtre : du drame (voire du mélodrame) au drame romantique

Histoire du théâtre : correction de la dissertation

Vous vous demanderez ce qui, depuis l'Antiquité, pousse les hommes à écrire des pièces de théâtre et à assister à des représentations.

Vous vous interrogerez sur les caractéristiques et les fonctions du genre théâtral et sur les relations du texte et de sa représentation, en vous appuyant sur le corpus des textes de théâtre que vous avez lus et étudiés (notamment dans le cadre des cours de 2de et de 1ère), sur les pièces que vous connaissez, pour les avoir lues ou vues au théâtre.


à suivre...

Histoire du théâtre : "l'imbroille" dans le théâtre de Beaumarchais



Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, I, 5

Le dialogue, un « champ de forces » : une scène de comique de mots (duel verbal entre Suzanne et Marceline : stichomythie) - LE THEATRE : texte et représentation (que voit-on ? Qu'entend-on ? Qu'apprend-on ?)


Perspective dominante : étude des genres et des registres

Perspectives complémentaires : histoire littéraire et culturelle ; intertextualité et singularité des textes

Que voit-on ? Qu'entend-On ? Qu'apprend-on ? En qui est-ce une comédie ... du XVIIIème siècle ?

Rappel : question générique et typologique pour préparer le commentaire et l’exposé oral des EAF :


Quelle est la fonction dramatique du dialogue de théâtre ?


* « drama » : l’action (une scène d’exposition, des péripéties avec un nœud qui se resserre jusqu’à la crise III, 5 et l’acmé, V, 3», au dénouement).


L’intrigue progresse-t-elle dans cette scène ? Si oui, comment cette scène contribue-t-elle à la faire progresser ? Qu’est-ce qui lui donne son dynamisme ? (point de vue du spectateur sur le plan de la « mimesis » : que voit-il ? Qu’apprend-il ?)

Cette scène donne-t-elle à réfléchir ? Quelles sont les problématiques induites par la double énonciation théâtrale ? Le comique contribue-t-il à (point de vue du spectateur sur le plan de la « catharsis » : que voit-il ? Qu’apprend-il ? Que comprend-il ?)


Question implicite pour le commentaire :

Quel est l’intérêt dramatique de cette scène [ et comment les caractéristiques de cette scène comique sont-elles soulignées par la représentation ?] => annonce du plan


Problématique / la caractéristique principale de cette scène (intertextualité et singularité des textes)


I. L'ACTION : situation du passage dans la scène et dans la pièce=> progression.


Résumé du passage : 2 opposants au mariage de F et S sont apparus dans la scène précédente.

Marceline (l'ancienne duègne de Rosine, la Comtesse) entend rivaliser avec Suzanne et lui disputer son fiancé. Bartholo et elle se sont entendus dans la scène précédente. Ce dernier est enchanté de se venger de Figaro qui a aidé le Conte Almaviva à lui ravir Rosine (sa pupille) : « c'est un bon tour que de faire épouser ma vieille gouvernante au coquin qui fit enlever ma jeune maîtresse » (I, 4).


Progression : cette scène met en place une complication de l'intrigue principale (2ème intrigue) : le projet de mariage de Marceline avec le fiancé de Suzanne vient compliquer l'intrigue principale axée sur le mariage de Figaro et Suzanne qui devrait clôre cette « folle journée » (projet déjà contrarié par les projets du Comte qui entend exercer le « droit du Seigneur » sur la camériste de sa femme et la fiancée de son fidèle serviteur).


    II. LE COMIQUE : une scène d'affrontement comique.

    Une scène comique : une joute oratoire entre 2 rivales avec la stichomythie * (comique de mots) pour principal effet et la mise en abîme.

* dans une tragédie en vers les interlocuteurs se répondent vers pour vers, dans une comédie en prose, mot à mot ou du tac au tac (exemple : «-- L'épouser , l'épouser » / «-- [...] Vous l'épousez-bien ? » ; « -- Votre servante, madame »/ « -- Bien la vôtre, madame » + répétition de « madame » aux répliques suivantes; « C'est aux duègnes ... « / -- Aux duègnes! Aux duègnes! »).

Comique farce : de mots et de geste (didascalies : « une révérence ») => l'ironie des réparties douces-amères des 2 rivales (stichomythie) ; la vivacité de ce « duel » verbal : les interrogatives, les exclamatives et les interjections ; crescendo : montée de la colère de Marceline (de « aigrement » à « outrée »).

Comique de caractère : l'opposition des 2 femmes => conflit de génération ; perfidies féminines (attaques « ad feminem ») : allusions ironiques de Marceline (« « C'est une si jolie personne que madame !» ; « Surtout bien respectacle! »)

Comique de situation : Bartholo assiste à la scène et double le spectateur (mise en abîme);

Le comique particulier de Beaumarchais : tension dialectique entre la gaieté et la tristesse, mélange des registres => « Qui t’a donné une philosophie aussi gaie ? / L’habitude du malheur. Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer. » Le Barbier de Séville, I, 2


LE PIEGE SE RESSERRE AUTOUR DES 2 FIANCES : « effrayons d'abord Suzanne sur la divulgation des offres qu'on lui fait » , Marceline, I, 4 (cf. l'air de la calomnie de Basile dans Le Barbier de Séville.

Mais Suzanne ne se laisse pas faire : « Allez , madame! Allez, pédante! Je crains aussi peu vos efforts que je méprise vos outrages » (I, 6) ==> Qui semble l'emporter à la fin de cette scène ? (qui le ridicule vise-t-il?)


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Le Mariage de Figaro , Beaumarchais, II, 2


Une scène courte : une scène de concertation

Dialogue entre 3 personnages.


2 constats :


La première apparition de la Comtesse dans la comédie : la didascalie initiale annonce qu’elle est assise, d’où, sur le plan de la représentation, un jeu moins animé que dans d’autres scènes (par exemple, I, 9 ; V, 8)


Progression de l’intrigue : Figaro se fait prier pour exposer aux deux femmes l’ « imbroille » qui doit permettre « d’attraper de grand trompeur » de Comte Almaviva.


  1. Le comique de cette scène tient surtout au décalage entre les registres

(dimension « poétique » du texte) :


Une alternance de répliques brèves :


D’un côté l’impatience de Suzanne exprimée par deux interrogatives (interrompue deux fois par Figaro) et les reproches de la Comtesse (idem), de l’autre la suffisance de Figaro qui joue avec cette impatience des deux femmes : il minimise d’abord le problème dans sa première réplique(« de quoi s’agit-il ? d’une misère ») ; il ironise : « il voudrait en faire sa maîtresse ; et c’est bien naturel »), ce qui provoque en stichomythie l’indignation de sa fiancée : « Naturel » ?

L’ironie dramatique, pour l’instant tient à la mise en scène de Figaro qui utilise le comique de caractère pour ridiculiser le Comte (« critique » de la scène) : « pour tirer parti des gens de ce caractère ». Almaviva en effet est « jaloux et libertin » et c’est précisément sur la jalousie de ce dernier qu’il compte (« un faux avis donné sur vous ») pour le mener « où (il) veut » (cf. le « mécanique plaqué sur du vivant », Bergson).


Mais ce que ne sait pas cet « étourdi de Figaro », c’est que l’ironie dramatique se retournera contre lui et qu’il deviendra la dupe des deux femmes ( « Souviens-toi que je t’ai défendu d’en dire un mot à Figaro » ) : l’espace scénique est creusé par une série de mises en abyme qui donnent le vertige aux personnages et aux spectateurs. Celle qui rendra Figaro jaloux à son tour et le transformera (V, 3 et 8) s’achèvera par la réconciliation des fiancés sous les marronniers (V, 8).


  1. L’engagement du dramaturge : une comédie satirique sur la possession

(dimension « critique » du texte)


La stratégie de Figaro est habile : faire diversion.


Pour qu’Almaviva renonce à convoiter les possessions d’autrui, il faut l’intéresser à ce qui lui appartient : sa femme (autrement dit, lui apprendre à respecter à ne pas faire à autrui ce qu’il ne voudrait pas qu’on lui fasse) : « tempérons d’abord son ardeur de nos possessions, en l’inquiétant sur les siennes » (la femme au XVIII7me siècle étant considérée comme une possession, en l’occurrence le seul bien auquel un valet au service d’une Comte puisse prétendre, encore que ce bien lui soit disputé, c’est l’argument de cette comédie satirique dont la problématique est énoncée par le titre).


Le pathétique du personnage de Figaro ( « Tout cela rend si fier » , V, 3) dont l’assurance sera doublement tournée en ridicule puisqu’il souffrira de la jalousie (V, 3 et V, 8). Apprécions ici la superbe de sa répartie suffisante : « N’est-ce pas assez que je m’en occupe ? » (question rhétorique qui n’admet pas de démenti). L’ « hybris » (démesure) du héros éponyme témoigne de sa vanité…


Qui tirera son épingle du jeu dans cette « imbroille » ?


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Le Mariage de Figaro, Beaumarchais, II, 19: la Comtesse, maîtresse du jeu ? -

Beaumarchais dans sa trilogie : Le Barbier de Séville, La Mère coupable et Le Mariage de Figaro, représente la condition féminine à travers le personnage de Suzanne, la camériste de la Comtesse dont il est question de défendre la dignité dans Le Mariage de Figaro, l’argument de la comédie étant la suppression de ce « droit honteux » que le Comte Almaviva entend exercer sur elle avant ses noces : le mariage se fera-t-il, et à quelles conditions ? C’est l’argument de la pièce, d’où son titre.

En accordant autant d’importance à un personnage féminin de basse condition, le dramaturge témoigne de la place qu’il accorde aux femmes dans son théâtre (notamment à travers le plaidoyer pour les femmes de Marcelline pendant la scène du procès, à la scène 16 de l’acte trois), aux femmes de toutes les conditions : avec Suzanne, la soubrette*, Marcelline, la duègne et Rosine, la Comtesse.

Dans cette scène 19 de l’acte deux, la Comtesse effrayée par la violente jalousie du Comte (jalousie provoquée par le billet de Figaro, l’ « imbroille » mise en place acte II, scène 2) a du mal à se ressaisir. Mais la situation tourne à son avantage à la faveur d’un quiproquo et c’est l’occasion pour Rosine d’exprimer pour la première fois sous les yeux des spectateurs et devant son mari tout ce qu’elle a sur le cœur.

Ce renversement est l’occasion pour Beaumarchais de dénoncer à travers les « licences » des grands seigneurs libertins (comme Molière l’avait fait au siècle précédent avec Dom Juan, le « grand seigneur méchant homme ») les abus de l’aristocratie. Almaviva, est à la fois « jaloux et libertin », paradoxe souligné Marcelline à la scène 4 du premier acte. Porteur de contre-valeurs (« l’hybris »), il sera donc le bouc-émissaire de cette comédie. Mais sera-t-il seul à porter le ridicule ? « Castigat ridendo mores », il semblerait bien que les personnages masculins qui soient par la « catharsis » sous la forme ici de l’ironie dramatique dans ce joyeux badinage.


Rappel : la camériste de la Comtesse prend, comme celui de valet de comédie de la consistance et de la dignité. Comme dans le théâtre de Marivaux au début du siècle, les suivantes font leur entrée dans la comédie pour remplacer les servantes de comédie au langage et aux manières populaires telle Dorine dans le théâtre de Molière. Les valets tendent à ressembler aux maîtres dans le théâtre du XVIIIème siècle (Marivaux inverse même les rôles en travestissant le maître et le valet dont chacun porte respectivement les vêtements de l’autre dans Les Jeux de l’amour et du hasard) et l’élévation de ces personnages subalternes, de même que leur introduction dans la comédie est la conséquence du mélange des registres qui fait apparaître des personnages de haut rang dans un genre plus populaire.


Un « drame »conjugal (mélodrame ?)

Le trouble des deux époux : frayeur de la Comtesse (indiquée par les didascalies), confusion du Comte (également soulignée par la première didascalie, excuses : « l’honneur ! », demande de pardon, supplication : « Rosine ! »)

Les reproches de la Comtesse : registre élégiaque qui annonce le mélodrame de La Mère coupable. Il tranche avec le joyeux badinage de la comédie incarné par Suzanne dont la gaieté indiquée par la première didascalie qui la concerne contraste avec la gravité du jeu de sa maîtresse : Rosine représente la dignité de la femme offensée et défend à travers son personnage les valeurs du mariage et de la fidélité. Au fur et à mesure, ainsi que l’indiquent les didascalies, elle reprend de l’assurance et dès sa première réplique amorce un retournement de situation par une interrogative qui confirme l’hypothèse du Comte qui croit qu’elle a joué la comédie (« Madame… vous jouez fort bien la comédie . ») : « Eh pourquoi non, monsieur ? », mettant en cause les « licences » de son mari dès sa deuxième (« Vos folies méritent-elles de la pitié ? » ), puis sa troisième réplique qui souligne le paradoxe du grand seigneur « jaloux et libertin » annoncé par Marcelline acte I scène 4: « Me suis-je unie à vous pour être éternellement dévouée à l’abandon et à la jalousie, que vous seul osez concilier ? ». Le Comte, acculé par ce jeu d’interrogatives (trois) ne sait que répondre : « Ah ! madame, c’est sans ménagement. » Le rapport de force s’inverse : d’accusateur il devient accusé et appelle Suzanne à la rescousse. Un échange de répliques suit entre le maître et la camériste de sa femme pendant que la Comtesse garde dignement le silence avant de menacer à son tour : « un pareil outrage ne se couvre point. Je vais me retirer aux Ursulines ».

Evolution du personnage de Rosine depuis Le Barbier de Séville :

Rosine n’est plus la fraîche jeune première du Barbier de Séville, ainsi qu’elle le rappelle à son mari : Je ne la suis plus cette Rosine que vous avez tant poursuivie », elle est devenue une épouse délaissée : « Je suis la pauvre comtesse Almaviva, la triste femme délaissée, que vous n’aimez plus. ». Toutefois, elle a appris l’usage du monde et retrouve dans cette scène toute la dignité d’une femme offensée. C’est donc elle qui mène le jeu à partir de cette scène (à la différence de Done Elvire dans Dom Juan), avant le stratagème qu’elle met en place acte deux scène 26 pour « attraper ce grand trompeur », et « cet étourdi » de Figaro qui l’a mise en fâcheuse posture à la scène précédente par la même occasion.

Figaro reste le dindon de la farce :

La Comtesse trahit la machination ourdie, acte II, scène 2 : « C’est cet étourdi de Figaro… »

Le Comte a bien l’intention de se venger de son valet : « C’est toi qui payeras pour tout le monde »

Qui mène le jeu dans cette comédie ? La Comtesse maîtresse du badinage qui joue si bien la comédie ? « vous jouez fort bien la comédie », « Quel affreux badinage ! »

Une femme, et une aristocrate : elle est à la fois maîtresse de Suzanne et de Figaro (deux étourdis : «C’est cet étourdi de Figaro » ; Suzanne parle étourdiment à Figaro, alors que le Comte écoute, acte III, scène 12 : « tu viens de gagner ton procès", maîtresse du jeu et maîtresse de la parole… [La parole est-elle jamais libre ?]

Rosine a acquis l’usage du monde depuis Le Barbier de Séville : « Je suis loin d’avoir cet usage du monde qui, me dit-on, assure le maintien des femmes en toute occasion » Elle a appris à dissimuler, à biaiser et à mentir.


Beaumarchais misogyne ou « féministe » avant la lettre ? (monologue de Marceline IV, 16, de Figaro V, 3)



1ère ES 1 - Descriptif de l'objet d'étude n° 3 : le théâtre

Descriptif : THEATRE - 1ère ES 1 -

LE THÉÂTRE : texte et représentation

Perspective dominante : étude des genres et des registres


Perspectives complémentaires : histoire littéraire et culturelle ; intertextualité et singularité des textes.


La séquence a été centrée sur l’analyse du genre théâtral dans le texte et dans les relations à la représentation (variation selon les genres, les registres, les époques, et les mises en scène).


La lecture intégrale d’une comédie du XVIIIème siècle, La Folle journée ou Le Mariage de Figaro de Beaumarchais vise à étudier le théâtre comme lieu d’échanges et d’affrontements. L’étude de cette comédie a permis d’apprécier le lien entre le texte et sa représentation, d’analyser l’évolution du théâtre et des mises en scène, et plus particulièrement dans le cadre de ce corpus les fonctions du dialogue théâtral.


La lecture intégrale d’une comédie du XVIIIème siècle, La Folle journée ou Le Mariage de Figaro de Beaumarchais et la représentation de mises en scène des textes du corpus extraits de cette comédie dans le cadre de la classe, ont permis d'apprécier le lien entre le texte de théâtre et sa représentation et d'étudier le dialogue de théâtre comme un « champ de forces », suivant l'expression d'Antoine Vitez, le dialogue et la scène de théâtre comme un lieu d'échanges et/ou d'affrontements.

Les sorties au théâtre complètent cette formation par l'analyse de l’évolution du théâtre et des mises en scène suivant les perspectives de la construction des personnages en lien avec les propositions scénographiques, pour contribuer au développement de l'esprit critique (en perspective croisée avec l'argumentation : convaincre, persuader, délibérer) et nourrir la réflexion sur la place du sujet dans l'histoire de la communication et des représentations, l'enquête « générationnelle » mise en place pour la rentrée de février dans le cadre de l'étude du roman et de la poésie en vue de la rédaction d'un roman collectif.


Lecture intégrale : lecture analytique de 5 extraits de La Folle journée ou Le Mariage de Figaro, Beaumarchais (1784)


1.Acte I, scène 1 : de « Tu prends de l’humeur » à « le racheter en secret aujourd’hui. »

2.Acte II, scène 2 : du début de la scène à « à vous voir aujourd’hui pendant le bal».

3.Acte II, scène 19 : du début à « c’est toi qui payeras pour tout le monde. »

4.Acte III, scène 5 : de «Autrefois tu me disais tout. […] et le paye en sa monnaie.»

5.Acte V, scène 8 : de « Ah ! madame, je vous adore. » à la fin de la scène.


Activités complémentaires :

Les fonctions du dialogue théâtral : "un champ de forces", Antoine Vitez;

Les valeurs des « Lumières » et l’évolution du personnage de Figaro du Barbier de Séville au Mariage de Figaro : la relation maître et valet, du valet de comédie au « picaro » ["Beaumarchais, l'insolent", le film d'Edouard Molinaro et son making of (sous réserve, suivant l'évolution de la classe)] => vendredi 11 février.

Le texte et sa représentation : l'apparition du metteur en scène et son évolution dans l'histoire du théâtre (documents polycopiés : une interview de Roger Planchon et le Memento pour une lecture chorale de Yannick Mancel).

Activités / Lectures personnelles :


Sorties au théâtre et dossiers d'analyse critiques des représentations théâtrales (dans leur relation au texte) :

Forêts, Wajdi Mouawad, Théâtre de Chaillot [à l'exception de quelques élèves qui avaient des engagements à la rentrée de septembre]

La Cerisaie, Anton Tchékov, Théâtre de l'Odéon

Le Jeu de l'amour et du hasard, Marivaux, Théâtre de l'Odéon

Les Demoiselles de Wilko, Théâtre de Chaillot (le 27 avril)


Lectures :

"La Lettre aux acteurs", extraite du Théâtre des paroles de Valère Novarina

Dom Juan, Molière, Le Barbier de Séville, Beaumarchais, On ne badine pas avec l'amour, Musset.

Les Noces de Figaro et Don Giovanni de Mozart : audition de l'ouverture et d'extraits des deux opéras.


Ateliers de théâtre : initiation au plateau et mise en scène d'extraits du "Le Sang des promesses" de Wajdi Mouawad (au théâtre) ; mise en scène d'extraits du Mariage de Figaro de Beaumarchais (en classe); mise en scène chorale de la scène d'exposition de Bulbus d'Anjia Hilling (en classe).

D'autres expériences de plateau sont envisagées, suivant l'évolution de la classe :

Exercices de diction et de mise en scène à partir de la scène d'exposition du Triomphe de l'amour de Marivaux suivant une proposition de Stanislas Nordey au TNB de Rennes.

Une mise en scène des scènes d'exposition et de clôture de La Cerisaie d'Anton Tchekov, suivant une mise en scène proposée par les élèves, avant l'étude de celle de Stanislavski à sa création, pour commenter de façon plus autorisée celle de Julie Brochen à l'Odéon-Théâtre de l'Europe.

Pensez à compléter avec votre expérience personnelle de théâtre : les cours de théâtre que vous avez peut-être suivis, les pièces que vous avez montées et les rôles que que vous avez interprétés, celles que vous avez lues, vues et/ou étudiées ...

Le Mariage de Figaro , III, 5 : aide méthodologique pour illustrer la dissertation

Extrait de la correction du commentaire de la scène 5 de l'acte 3 du Mariage de Figaro pour illustrer la thèse de votre dissertation :


En vue de la préparation du bac blanc : oral et écrit

Dissertation pour vendredi 21 janvier :

Vous vous demanderez ce qui, depuis l'Antiquité, pousse les hommes à écrire des pièces de théâtre et à assister à des représentations.

Vous vous interrogerez sur les caractéristiques et les fonctions du genre théâtral et sur les relations du texte et de sa représentation, en vous appuyant sur le corpus des textes de théâtre que vous avez lus et étudiés (notamment dans le cadre des cours de 2de et de 1ère), sur les pièces que vous connaissez, pour les avoir lues ou vues au théâtre.

Exemple pour la dissertation n° 8 : le théâtre : texte et représentation <= le comique de situation des apartés (étude des didascalies)


Le comique de situation : les apartés indiqués par les didascalies ponctuent la scène, plus particulièrement l'extrait étudié, à la fin de son premier tiers et à la fin de l'extrait.

Cet effet comique propre au théâtre est rendu possible par la double énonciation qui permet de diviser la scène en deux pour voir et entendre les deux personnages prendre à parti le spectateur. Il provoque ainsi un double effet comique de mise en abîme, de comédie dans la comédie qui rend le spectateur seul maître du jeu, capable d’apprécier le double jeu des personnages : d’attaque de l’un qui cherche à savoir, et d’esquive de l’autre qui ne veut pas se trahir.


*****

Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, acte III, extrait de la scène 5, 1784


Le Comte :

... Autrefois tu me disais tout.


Figaro :

Et maintenant je ne vous cache rien.


Le Comte :

Combien la Comtesse t'a-t-elle donné pour cette belle association ?


Figaro :

Combien me donnâtes-vous pour la tirer des mains du docteur ? Tenez, Monseigneur, n'humilions pas l'homme qui nous sert bien, crainte d'en faire un mauvais valet.


Le Comte :

Pourquoi faut-il qu'il y ait toujours du louche en ce que tu fais ?


Figaro :

C'est qu'on en voit partout quand on cherche des torts.


Le Comte :

Une réputation détestable !


Figaro :

Et si je vaux mieux qu'elle ? Y a-t-il beaucoup de seigneurs qui puissent en dire autant ?


Le Comte :

Cent fois je t'ai vu marcher à la fortune, et jamais aller droit.


Figaro :

Comment voulez-vous ? La foule est là : chacun veut courir, on se presse, on pousse, on coudoie, on renverse, arrive qui peut ; le reste est écrasé. Aussi c'est fait ; pour moi, j'y renonce.


Le Comte :

A la fortune ? (A part.) Voici du neuf.


Figaro, à part :

A mon tour maintenant. (Haut.) Votre excellence m'a gratifié de la conciergerie du château ; c'est un fort joli sort : à la vérité, je ne serai pas le courrier étrenné des nouvelles intéressantes ; mais, en revanche, heureux avec ma femme au fond de l'Andalousie...


Le Comte :

Qui t'empêcherait de l'emmener à Londres ?


Figaro :

Il faudrait la quitter si souvent, que j'aurais bientôt du mariage par-dessus la tête.


Le Comte :

Avec du caractère et de l'esprit, tu pourrais un jour t'avancer dans les bureaux.


Figaro :

De l'esprit pour s'avancer ? Monseigneur se rit du mien. Médiocre et rampant, et l'on arrive à tout.


Le Comte :

... Il ne faudrait qu'étudier un peu sous moi la politique.


Figaro :

Je la sais.


Le Comte :

Comme l'anglais, le fond de la langue !


Figaro :

Oui, s'il y avait ici de quoi se vanter. Mais feindre d'ignorer ce qu'on sait, de savoir tout ce qu'on ignore ; d'entendre ce qu'on ne comprend pas, de ne point ouïr ce qu'on entend ; surtout de pouvoir au-delà de ses forces ; avoir souvent pour grand secret de cacher qu'il n'y en a point ; s'enfermer pour tailler des plumes, et paraître profond quand on n'est, comme on dit, que vide et creux ; jouer bien ou mal un personnage, répandre des espions et pensionner des traîtres ; amollir des cachets, intercepter des lettres, et tâcher d'ennoblir la pauvreté des moyens par l'importance des objets : voilà toute la politique, ou je meure !


Le Comte :

Eh! c'est l'intrigue que tu définis !


Figaro :

La politique, l'intrigue, volontiers ; mais, comme je les crois un peu germaines, en fasse qui voudra ! J'aime mieux ma mie, ô gué ! comme dit la chanson du bon Roi.


Le Comte, à part.

Il veut rester. J'entends... Suzanne m'a trahi.


Figaro, à part.

Je l'enfile, et le paye en sa monnaie.


*****

Le Mariage de Figaro, Beaumarchais, III, 5 (1785) : la scène de confrontation

Le théâtre, «un « champ de forces » : quel est l'intérêt dramatique de cette scène ?

(Quelles sont les fonctions du dialogue de théâtre ?)

Le théâtre au siècle des « Lumières » : un théâtre de situation, de Marivaux à Beaumarchais

Le THEATRE : texte et représentation (la double énonciation)

La comédie du XVIIIème siècle se caractérise par un mélange des registres et une évolution dans la relation maître-valet : des valets du théâtre burlesque de la Commedia dell’arte (avec le personnage d’Arlequin notamment) et des comédies de Molière (avec La Flèche, Scapin, Sganarelle et la servante Dorine dans Tartuffe) à ceux des comédies de Marivaux et de Beaumarchais, avec Figaro qui devient un personnage à part entière, complexe et évolutif, le statut du valet de comédie se transforme : de type, il devient individu et gagne en épaisseur psychologique.

Cet extrait de la scène 5 de l’acte 3, au centre de la comédie satirique, met en scène le premier face à face entre Almaviva et Figaro, le seul de toute la comédie : les deux personnages qui étaient complices depuis leurs retrouvailles dans la scène deux du premier acte du Barbier de Séville, créé neuf ans plus tôt par le dramaturge, deviennent rivaux, porteurs de valeurs antagoniques. Ce passage représente ce qu’on appellerait dans une tragédie classique, le moment de crise ou l’acmé : la relation s’est dégradée entre le maître et le valet qui se trouvent confrontés pour la première fois : le comte libertin qui a épousé Rosine grâce à Figaro, l’ingénieux barbier, le « machiniste » de « l’imbroille » du Barbier de Séville délaisse son épouse après trois ans de mariage. Il a des vues sur Suzanne, la fiancée de son valet devenu concierge du château, et entend bien exercer le « droit du seigneur » qu’il avait pourtant aboli à son mariage avant les noces de la camériste de sa femme avec Figaro. Mais c’est sans compter avec Figaro qui entend ne pas se laisser faire et « attraper ce grand trompeur »… Est-ce lui finalement qui aura le dernier mot ?

Cette scène de double mise en abîme est une aubaine pour des comédiens : chacun des deux hommes cache son jeu, le but du Comte étant de savoir si Figaro est au courant de ses manœuvres malhonnêtes, celui de Figaro de ne pas se démasquer. Le dialogue devient ici un duel verbal à fleurets mouchetés (1er axe) : chacun des deux personnages cherche à découvrir le jeu de l’autre en essayant de ne pas se trahir. Le spectateur suit le cheminement des réflexions de l’un et de l’autre grâce aux apartés permis par la double énonciation. C’est donc à une mise en scène dans la mise en scène que le public assiste, pour son plus grand divertissement, même si le comique de cette scène est plus voilé que certaines autres plus enjouées ou plus enlevées.


I. Un duel verbal : la relation maître-valet (deux thèses en présence).


1 . Inquisition d’Almaviva : « le grand seigneur méchant homme », « jaloux et libertin », ( I, 3) …


Le Comte s’informe : interrogatives accusatrices, offensantes qui ravalent Figaro au rang de valet fourbe et vénal (« Combien la Comtesse t’a-t-elle donné […] ? » ; « Pourquoi faut-il qu’il y ait toujours du louche en ce que tu fais ? » ).


Cette mise en cause de son fidèle serviteur est choquante pour le public du Barbier de Séville : elle témoigne de l’ingratitude et de la violence du personnage qui exige des confidences (« tu me disais tout »). Elles ne peuvent que déplaire quand on sait comme Figaro ce qu’il cache : la volonté d’abuser d’un « droit honteux ».


L’ironie dramatique réduit le personnage : le public et Figaro savent ce que le Comte ignore encore au début de ce passage, mais qu’il découvrira grâce à son interrogatoire.


Porteur de contre-valeurs, Almaviva représente la tyrannie, l’abus de pouvoir (monologue de Figaro, I, 2). C’est lui qui masque son jeu, qui trahit et qui se permet de plus d’accuser, de critiquer, de mener des interrogatoires et d’acculer son domestique à l’aveu. La démarche inquisitrice d’Almaviva dans cette scène est une nouvelle forme d’ « hybris » dénoncée par la « catharsis » du théâtre de Beaumarchais : Almaviva est non seulement « jaloux et libertin », mais il est fourbe, comme … le Dom Juan de Molière devenu tartuffe, ou comme un « picaro », un personnage dérivé du valet de comédie qui cherche à gravir les échelons de l'échelle sociale…


cf. le sujet d'invention : "Je suis le maître, je parle : allez, obéissez" (Corneille, Sertorius, et Molière, L'Ecole des femmes). Imaginez deux scènes de théâtre, l'une comique et l'autre tragique, dans lesquelles figurera cette réplique.


2. Un dialogue animé : stichomythie des répliques brèves et vives avec les réparties spirituelles et frondeuses de Figaro.

Interrogatives du Comte : interrogatives et interruption de Figaro qui riposte du tac au tac.

Impératifs (« Tenez », « n’humilions pas ») et aphorismes de Figaro : « C’est qu’on en voit partout quand on cherche des torts » (énonciation généralisante avec l’impersonnel « on » et le présent de vérité générale) jusqu’à l’amplification de la tirade sur les courtisans avec effet de chute hyperbolique : « ou je meure ! » (tournure elliptique au subjonctif).

Figaro mène le jeu rhétorique : il interrompt son maître, lui parle à l’impératif (et même à l’impératif négatif) pour lui faire la leçon, généralise avant de retourner le jeu des interrogatives contre celui qui l’avait induit : « Y a-t-il beaucoup de seigneurs qui puissent en dire autant ? » . c’est une première attaque indirecte du Comte avant la tirade contre les courtisans qui vise la malhonnêteté et le libertinage d’Almaviva, « vide et creux » lui aussi, comme ses répliques…


3. Une scène de confrontation entre le maître et son valet : deux thèses en présence.


Figaro, par sa lucidité, l’intelligence et la souplesse de ses répliques ironiques témoigne de son esprit d’à-propos et de sa dignité (« n’humilions pas », «Et si je vaux mieux qu’elle ? »). Il s’oppose au mécanisme inquisiteur chargé de menaces de l’aristocrate arrogant et égocentrique, sûr de son pouvoir. Le droit à l’honneur et au bonheur (« j’y renonce » / « à la fortune ? » ; « heureux avec ma femme » ; « j’aime mieux ma mie, ô gué ! » comme Alceste, le misanthrope de Molière) qu’il revendique montre qu’il a évolué depuis Le Barbier de Séville (« Allons, Figaro, vole à la fortune, mon fils », I, 6), à la différence d’Almaviva qui apparaît comme une « mécanique plaquée sur du vivant ». Les motivations basses que le Comte prête à son valet sont retournées par ce dernier qui refuse de se laisser enfermer dans le carcan des accusations d’un maître indigne : « n’humilions pas l’homme qui nous sert, crainte d’en faire un mauvais valet » ; « C’est qu’on en voit partout quand on cherche des torts » ; « Et si je vaux mieux qu’elle ? ».


Ce sens de la répartie et de la dignité, ce renversement des rôles entre un valet garant de l’honneur et un maître qui déshonore sa condition, rappellent la réplique du spirituel barbier au cours de la scène de retrouvailles entre les deux hommes dans Le Barbier de Séville : « Aux vertus qu’on exige dans un domestique, Votre Excellence connaît-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d’être valets ? » (I, 2).


La tension entre les deux hommes rappelle, à la veille de la révolution française que le théâtre est avant tout, selon l’expression d’Antoine Vitez, un « champ de forces » : la parole se partage et les ruptures d’équilibre sur la scène du théâtre induisent le plus souvent une distinction dans la hiérachie sociale entre les personnages. Ainsi, cette joute oratoire où le valet semble dominer le maître par son esprit, sa supériorité morale mais aussi l’importance de ses répliques avec notamment sa tirade sur les courtisans de même que le fait qu’Almaviva ne soit pas épargné par la « vis comica » annoncent les revendications sociales qui conduiront à la Révolution française exprimées dans le monologue de Figaro de l’acte V, qui est une scène d’anthologie et un morceau de bravoure pour des comédiens en même temps qu’une première dans le théâtre français où jamais un valet n’avait eu jusqu’ici le privilège d’un monologue réservé aux personnages de haut rang : « Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. » (la première scène présente un valet et une camériste à la différence du Barbier de Séville qui s’ouvrait sur un monologue du Comte Almaviva suivant l’ordre de préséance hiérarchique hérité de la Comedia dell’arte comme de la tragédie ; elle est suivie d’un monologue de Figaro).


Le valet des comédies du XVIIIème siècle ne répond plus au stéréotype du valet fourbe et fripon de la Commedia dell’arte. Le portrait dévalorisant que dresse Almaviva de Figaro ne lui correpond pas, de sorte que le blâme se retourne contre lui : si quelqu’un dans cette comédie est « louche » , de « réputation détestable », c’est davantage le Comte que Figaro. Ce dernier ne répond plus au stéréotype du valet de comédie (« de l’intrigue et de l’argent, te voilà dans ta sphère », lui disait Suzanne, I, 1) : il ne « marche(r) » plus « à la fortune » , et ne cherche plus à s’ « avancer » , et n’a rien de « médiocre et rampant » .


Il a appris à répondre, à se défendre, à revendiquer son droit à l’honneur et au bonheur. Or, Almaviva et la noblesse qu’il représente semblent ne pas s’en rendre compte (« une réputation détestable »). C’est pourquoi, à partir de la réplique : « Y a-t-il beaucoup de seigneurs qui puissent en dire autant ? », le public assiste-t-il à un renversement des rôles : Figaro attaque indirectement le Comte (son rival auprès de Suzanne, sa fiancée) à travers cette généralisation qui met toute la noblesse en question : la caricature des intrigants qui suit débouche sur une critique des courtisans dans la tirade finale. Habilement Figaro opère un glissement dans une critique qui vise au premier chef, le Comte et ses « licences », bien entendu, mais avec lui tous les hommes d’intrigue : il passe donc des arrivistes aux intrigants de cour qui peuvent vivre sans travailler, c’est-à-dire, les courtisans, les aristocrates. Cette critique de l’inutilité de la classe privilégiée («paraître profond quand on est, comme on dit, que vide et creux ») prend toute sa dimension contestataire au siècle où les philosophes des Lumières revendiquent une morale sociale où chacun participe à l’intérêt collectif. Louis XVI qui a interdit Le Mariage de Figaro et embastillé Beaumarchais ne s’y est pas trompé, de même que le Comte qui, trouvant sans doute que Figaro va trop loin dans l’amalgame qu’il fait entre les arrivistes et les politiques (« voilà toute la politique, ou je meure ! ») le rappelle à l’ordre : « Eh ! c’est l’intrigue que tu définis ! » , mais Figaro persiste et signe : « La politique, l’intrigue, volontiers ; mais comme je les crois un peu germaines, en fasse qui voudra ! » .


Problématique : L’action dans cette scène progresse-t-elle? Et Figaro restera-t-il maître du jeu comme dans la comédie précédente ?

Ce dialogue fait-il réellement progresser l’action ? Chacun croit avoir eu raison de l’autre :

Figaro croit avoir gagné : « Je l’enfile et je le paye en sa monnaie »)…

Mais n’est-ce pas plutôt Almaviva qui sort vainqueur ? Figaro s’est trahi en renonçant « à la fortune » : il a appris au Comte que Suzanne a parlé : « Il veut rester. J’entends… Suzanne m’a trahi. »


II. Comédie ou satire ?


Le spectateur se trouve-t-il face à la relation traditionnelle des comédies de Molière inspirées de la Commedia dell’arte entre un maître tyrannique déraisonnable et un valet avisé et impertinent, rusé et fourbe ou dévoué et de bon conseil, mais à la langue bien pendue comme la Dorine de Tartuffe ?


1. Le comique de mots, de situation et de caractère : l'esprit des Lumières


Le comique de mots (au début du passage surtout) : stichomythie du jeu verbal à fleurets mouchetés avec des effets d’antithèse proches du chiasme au début de l’extrait ( « autrefois »/« maintenant » ; « tout » /« rien » ; ironie du Comte : « belle association » ; « Comme l’anglais le fond de la langue ! » ; litote de Figaro : « je ne vous cache rien » ; reprise anaphorique de « combien »). Figaro ne se laisse pas faire et répond du tac au tac.


Le comique de situation : les apartés indiqués par les didascalies ponctuent la scène, plus particulièrement l'extrait étudié, à la fin de son premier tiers et à la fin.

Cet effet comique propre au théâtre est rendu possible par la double énonciation qui permet de diviser la scène en deux pour voir et entendre les deux personnages prendre à parti le spectateur. Il provoque ainsi un double effet comique de mise en abîme, de comédie dans la comédie qui rend le spectateur seul maître du jeu, capable d’apprécier le double jeu des personnages : d’attaque de l’un qui cherche à savoir, et d’esquive de l’autre qui ne veut pas se trahir.

Exemple pour la dissertation n° 8 : le théâtre : texte et représentation <= le comique de situation des apartés (étude des didascalies)


Le comique de caractère : idée fixe d’Almaviva méprisant, injuste et malhonnête ; son ironie offensive et insultante n’est pas sympathique; sens de la répartie de Figaro, ironique, lucide et insolent ; contraste entre la jalousie et le libertinage du Comte dénoncés par Marceline (« jaloux et libertin », I, 3) : Almaviva est présenté comme une machine à séduire toutes les femmes. L’esprit frondeur de Figaro vise indirectement le Comte à travers sa critique des intrigants : charge satirique contre leur malhonnêteté et leur oisiveté.

Lucidité et impertinence du valet de plus en plus contestataire.


Cette scène reste une scène de comédie, mais le comique y est plus voilé que dans la scène 5 de l’acte I par exemple : les enjeux de cette scène sont-ils comiques ?


  1. L’ironie dramatique réduit le Comte mais aussi Figaro :

    L'ironie dramatique réduit-elle les deux rivaux de la même façon ?


Le Comte ne sait pas que Figaro a été mis au courant depuis le début de la pièce par Suzanne : ce que le spectateur a appris depuis la scène d’exposition en même temps que Figaro, l’intéressé qui va chercher à « attraper ce grand trompeur »

Mais ce que tous deux ne savent pas, c’est que Suzanne et la Comtesse s’entendent pour les tromper tous les deux : la Comtesse a fait promettre à Suzanne de ne rien dire à « cet étourdi de Figaro » à la fin de l’acte II…

Figaro et le Comte sont donc réduits par l’ironie dramatique, mais le Comte plus que Figaro (doublement) : la « vis comica » place donc le gentilhomme au même rang qu’un bourgeois ridicule de comédie (un Pantalon, un vieillard avare et amoureux comme Bartholo ou Harpagon), en situation d’infériorité par rapport à un valet « machiniste » qui mène le jeu. Mais Figaro mène-t-il le jeu dans cette Folle journée ?


  1. Une inversion des relations maître et valet subversive :

    L'ironie dramatique réduit surtout « le grand seigneur méchant homme » : c'est sur lui que porte le blâme.

    « Castigat ridendo mores »*

    « La naissance n'est rien où la vertu n'est pas », Don Louis, le père de Dom Juan dans la pièce de Molière

    Qui est le véritable « gentilhomme » ?


Le gentilhomme est réduit par l’ironie dramatique dans cette comédie satirique du XVIIIème siècle. Il ne sait pas et cherche à découvrir ce que le spectateur sait depuis la scène d’exposition : Figaro est-il au courant de ses intentions sur Suzanne ?

Des deux personnages, quel est le véritable « fripon » ?

Certes, Figaro cache son jeu à son maître depuis que, « bon garçon », il a appris par Suzanne les intentions d'Almaviva à l’égard de cette dernière : mais peut-on l’en blâmer ? Il défend les valeurs du couple et du mariage en même temps que celles de sa condition : le droit à la propriété et à la dignité.

Si Almaviva est aussi tartuffe et libertin que Dom Juan, le « grand seigneur méchant homme » de Molière, qu’est-ce qui différencie les deux personnages ?


Disctinction à faire entre Almaviva et Dom Juan (un autre « Seigneur méchant homme ») :

La « vis comica » épargne Dom Juan qui, s’il est inquiétant comme Almaviva dans certaine scènes, n’est jamais ridicule : au contraire, il atteint une grandeur tragique consacrée par sa fin. Dom Juan n’est pas un personnage de comédie alors qu’Almaviva, « jaloux et libertin », se rapproche par le comique de caractère d’un personnage à idée fixe comme Bartholo (« Pantalon » dans la Commedia dell’arte), dénoncé par ce que Bergson appelle du « mécanique plaqué sur du vivant ». Almaviva, réduit à n’être qu’une machine à conquérir sans états d’âme n’a ni la complexité tragique de Dom Juan, ni le pathétique d’un Figaro (V, 3).



1er axe = 1ère Pbtique => [Une scène de dialogue originale ]

L’affrontement verbal entre le maître et le valet au XVIIIème siècle : progression du dialogue.


2ème axe = 2ème Pbtique => [Mise en scène de la parole contrainte propre à susciter l’indignation du spectateur devant les abus des gentilhommes : dénonciation amorcée par Molière avec Dom Juan (le « grand seigneur méchant homme »)]

La revendication sociale : l’évolution de la relation maître-valet dans la comédie du XVIIIème siècle : « le reste est écrasé » => théâtre politique : enjeux différents de la comédie du XVIIème siècle (plus psychologique : du comique de caractère au comique de situation)

FONCTION SOCIALE DU THEATRE : enjeux de « Lumières » => morale sociale (cf. fonction pédagogique du théâtre du XVIIIème siècle qui devait être plus social, moins psychologique, selon Diderot)


Une mise en abyme du spectacle dramatique : les apartés => chacun des deux personnages joue la comédie à l’autre : l’ironie dramatique qui réduit les deux personnages aux yeux du spectateur (l’espace

scénique est creusé par ce jeu de focalisation) est rendue possible par la double énonciation. Elle ridiculise les deux hommes et prépare la victoire des femmes à l’acte V, puisque le spectateur sait depuis la scène XXVI de l’acte II que la Comtesse a décidé de prendre les choses en main, devenant « machiniste » à son tour. C’est elle qui ira au rendez-vous… Seule Suzanne est dans la confidence : « Souviens-toi que je t’ai défendu d’en dire un mot à Figaro », prend-elle la précaution de dire à Suzanne.

Un dialogue de sourds ? Les enjeux : comiques ?

Jeu d’esquive de Figaro : sens de la répartie => pendant le 1ère partie du dialogue il tente d’éviter de se trahir. Il retourne les répliques accusatrices du Comte : stichomythie.

Un affrontement à fleurets mouchetés : l’affrontement direct est impossible

(cf. le schéma actantiel et le statut du valet dans la comédie du XVIIIème siècle)


On doit à Beaumarchais l’invention d’un personnage devenu par la force même de son existence dramatique (la forme même de la trilogie implique un retour du personnages en même temps que son évolution, et donc un rapport problématique à l’idée d’identité, affrontée à l’écoulement temporel) un mythe littéraire, accédant au même titre que les grands héros tragiques à une individualité généralement bannie d’un genre comique jouant plus volontiers sur les archétypes. Un tel personnage est une date, parce qu’il représente non seulement un individu mais une époque toute entière, un classe, le Tiers-Etat : « Comment voulez-vous ? la foule est là : chacun veut courir, on se presse, on pousse, on coudoie, on renverse, arrive qui peut ; le reste est écrasé ».

Il incarne la plus brillante incarnation du valet qui aspire à devenir maître à son tour et résume bien la complexité et la richesse du personnage de Figaro, et au-delà, de la notion même de personnage pour Beaumarchais. Il ressortit bien, comme tout personnage comique, à un « type » mais il le dépasse et la complexifie, le porte à un degré d’individualisation qui lui confère une existence autonome. Parallèlement, loin de demeurer confiné dans un imaginaire purement littéraire et intertextuel, il s’enrichit des échos qui s’établissent entre l’œuvre et les conditions (historiques, idéologiques) de sa production et de sa réception. Représentatif des bouleversements de son temps, porte-parole des « Lumières », il incarne l’esprit de contestation, l’esprit frondeur français et annonce les combats pour les droits de l’homme : « Liberté, égalité, fraternité ».